Jan. 10 16

Couteau Musashi par Takeshi SAJI

Couteaux - Japon 3

  • Currently 5/5

Note : 5/5 (2 notes)

 

 

Je me fais une idée assez précise du idéal et, en admirant longuement le travail de SAJI Takeshi sur Internet, j’ai fini par penser que certains de ses modèles n’en sont pas loin ; aussi me suis-je dit que les fêtes seraient l’occasion d’une commande un peu particulière : son modèle « Musashi » est habituellement doté d’une lame de 24 ou 27 centimètres, mais je voulais un de camp avec une lame de 18 centimètres, pour éviter trop d'encombrement. Ma délicate épouse a donc contacté cet artisan très abordable, qui précisa qu’il y avait un délai de trente jours.

 

Né en 1948, Saji Takeshi est un coutelier renommé au Japon ; il vit à Takefu, dans la province de Fukui, au nord d’Osaka  à peu près au milieu de Honshu, l’île principale du pays. Ses lames sont généralement en shirogami, un acier pur (non allié), fortement carburé (1,1 à 1,2 %). Ses tranchants dépassent les 60 Rockwell et sa gamme de produits est très vaste, on peut en avoir un aperçu via ce lien (cliquez, puis faites défiler vers le bas) :

http://www.ohyasuya.co.jp/saji/aigosaji.html

 

Donc après trente jours, aux alentours du solstice d’hiver vers 14 heures 10, l'on me remit cette boite (bien emballée dans un papier à bulles  absent de l’image car peu photogénique) :

 

 

 

Je l’ai ouverte, avec application...

 

Dedans, du papier à bulles... et dans le papier à bulles...

 

Oooh...

 

 

 

Je le sors du fourreau en bois laqué...

 

 

 

Mazette !

 

 

 

A côté de la machette thaïlandaise que vous connaissez déjà :

 

 

 

Fiches techniques comparées :

 

 

RAT 7

Ontario

(source web)

Machette

artisanat thaïlandais

Musashi

Saji Takeshi

Lame :

- longueur

- largeur maximum

- épaisseur

 

16,5 cm

3,8 cm

4,8 mm

 

26,8 cm

3,9 cm

3 mm

 

18,3 cm

3,8 cm

5,5 mm

Longueurs :

- manche

(avec l’encoche

pour l’index)

- seul

- + étui

 

14 cm

 

 

30,5 cm

?

 

15 cm

 

 

42 cm

45 cm

 

15,8 cm

 

 

34,1 cm

37,5 cm

Masse :

- seul

- + étui

 

375 g

?

 

205 g

245 g

 

360 g

460 g

 

Epaisseurs des lames comparées (machette thaïlandaise et Musashi, je ne possède pas le RAT 7) :

 

 

 

La lame :

 


 

L’émouture révèle le dessin de l’acier multicouche, tandis que, sur la partie haute,on voit ses fibres courir vers la pointe (cliquer sur l'image pour mieux voir les détails).

        Le montage est en plate semelle, autour de laquelle est lacée de la paracorde kaki qui constitue exclusivement le manche :

 

 

 

Le nu est donc fait de deux pièces. Seuls quelques modèles – « Musashi », « Lune », « Pirate », « Bandit » et un modèle de chasse – sont montés de la sorte dans la gamme très étendue de Takeshi Saji.

 

Le laçage et les noeuds sont à la japonaise :
 



d’eux dépendent la fermeté de la prise en main et la sécurité de la dragonne. De plus, un manche fait de paracorde enroulée permet bien entendu d’avoir quelques mètres en réserve au cas où.


(On dirait la jungle, mais c'est le ficus du salon.)
 

La lame porte la signature du maître :

 

 

 

Si je cadre, cela fait comme une calligraphie :
 

                           
                            

 

Voici maintenant diverses manières de porter cet impressionnant outil :

 

1) En bandoulière, tout simplement. 



Cette façon si évidente de porter tout bagage n’est pas universelle pour des prunes ; elle est équilibrée car on peut changer d’épaule si la première fatigue, et quel que soit le côté, on peut indifféremment adapter un port pour droitier ou gaucher. Une critique : la corde est un peu courte.

 

2) A la ceinture, sur le côté opposé de la main habile ; donc, pour moi, sur le côté gauche.

 

 

 

Il est très facile d’assujettir l’étui à la ceinture avec la corde et de l’y maintenir fermement. C’est une bonne solution, mais un peu plus longue à installer et à défaire, bien entendu.

 

3) Ballant le long de la cuisse, comme un revolver de cow-boy. 



Il suffit de passer la jambe dans la boucle de la corde et de passer ensuite l’étui entre le jean et la ceinture (à condition d'avoir un jean). Tout se passe donc en dessous de la ceinture, la main ballante tombant sur le manche, naturellement.
 ;-)

           Pour le sortir de son étui, débloquer le avec le pouce :

 

 

A présent, pour rendre hommage à Tuan – et au PPT dont il honora cette qualité un certain dimanche –, le premier usage de mon « Musashi » fut de couper la bûche de Noël et de présenter intacte, grâce à sa large lame, chaque part à chaque convive.

 

Sa puissance lui vient, pour partie de son acier particulièrement épais et dur, pour partie de son émouture convexe, caractéristique de Saji Takeshi. Sur des arbustes coupé de frais et sur des bûches, j’ai testé son pouvoir de coupe, très supérieur à celui de ma machette thaïlandaise ; car si le « Musashi » a moins de longueur, il a nettement plus de poids et sa robustesse n’est pas comparable : il fait tous les travaux d’une hachette sans plier ni faiblir un instant, et si on le bâtonne, on dirait qu'il en redemande. On peut y aller avec confiance.

 

En conditions sauvages, on lui adjoindra un compagnon plus maniable. Parmi mes connaissances, je songe par exemple à l’Iisakki « Classic Utility Knife » (lame de 8 cm) ou, bien entendu, au (lame de 9 cm), si l’on préfère un :



Si l'un et l'autre ont leurs qualités, je choisirais personnellement l'Iisakki.

       Les moins :

1) Etui sans blocage de lame. Pour un de camp, c'est handicapant.

2) L'ergot du talon de la lame fait mal au petit doigt quand on utilise l'engin à la volée.

3) Il manque à mon avis une semi-garde entre le laçage et l'encoche pour l'index, laquelle est du coup peu utilisable, alors que j'adore le principe ; mais pour bien maintenir l'outil avec cette encoche, l'index doit entourer et serrer une semi-garde. Là, ça manque :

 
(C'est toujours le ficus, mais avec un brin de soleil.)

Pour ces raisons de prise en main, je vais sans doute retirer la paracorde et lui mettre des plaquettes (bois dense ou micarta) et une semi-garde ; le tout sera démontable afin de pouvoir le nettoyer et le sécher en cas d'emploi "outdoor". Car son acier, ne l'oublions pas, n'est pas inoxydable ; ce que je ne considère pas comme un défaut, même pour un de camp, mais qui nécessite un peu d'entretien.

       Les plus :

1) Damas.

2) Qualité japonaise.

3) Style et sobriété. 

4) Prestige de l'héritage culturel.

5) Tarif appréciable.


Je vous souhaite à tous une belle et heureuse année 2010 !

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Commentaires

1 -

guy Bonsoir,
Beau couteau!
En effet, il mériterai une petite garde.
Par contre, et ce n'est que mon avis, il serai dommage de mettre des plaquettes, si c'était possible j'y aurai bien vu un fond en peau de raie et un tressage comme sur les tsuka des tanto.

 


guy | Le Samedi 16/01/2010 à 22:17 | [^] | Répondre

2 - Japonisant !

navydog La voilà ! la sympatique revue sur le Musashi  Y'a pas grand chose à rajouter...si
J'adore le fourreau en bois laqué, fait dans la tradition, en osmose avec l'objet du désir ; la pression du pouce en sortie, n'est pas sans me rappeller avec grand plaisir, celle du Katana  
Que du bonheur ! Merci Nicolas, Bravo Mr Takeshi SAJI

 


navydog | Le Dimanche 17/01/2010 à 10:59 | [^] | Répondre

3 - Belle trempe !

leonidas Bravo Nicolas, superbe revue et quelle acquisition !!! Une lame magnifique que voilà, personnellement je le trouve parfait comme ça, sans garde, s'il en avait été autrement cela aurait coupé la ligne et avec la paracorde ce n'aurait sans doute pas été des plus judicieux.
Félicitation tu as là une lame qui nous fait baver hein Navy !!

 


leonidas | Le Dimanche 17/01/2010 à 11:33 | [^] | Répondre

4 - Merci !

Nicolas Merci à vous. Moi aussi, je remercie M. Takeshi Saji. 
Une garde pour le maintien ou pas de garde pour la ligne ? Tressage sur peau de raie pour la tradition (bonjour le nettoyage après les travaux des champs) ou micarta pour la practicité ? La question se pose, mon coeur balance, je suis sceptique et m'interroge : soit je refonds l'ensemble en ne conservant que la lame (étui kydex, manche micarta, semi-garde inox : beurk), soit  je retire tout de même ce cordage kaki qui n'est vraiment pas en harmonie avec la laque noire du fourreau, auquel je couds quelques éléments de cuir (pour lui donner un passant de ceinture, un pression pour maintenir le manche et un lacet pour la cuisse) et j'ajoute un manche en bois.

 


Nicolas | Le Dimanche 17/01/2010 à 15:09 | [^] | Répondre

8 -

Tuan Chouette revue, j'apprécie bien les photos des différents modes de port.

gm67

 


Tuan | Le Dimanche 17/01/2010 à 20:13 | [^] | Répondre

13 -

Torpen C'est joli.

J'aime bien

 


Torpen | Le Dimanche 17/01/2010 à 22:36 | [^] | Répondre

14 -

Nicolas Tu sais Léo, moi aussi j'aime bien le look paracorde, mais le talon du manche fait vraiment mal au petit doigt dès la troisième frappe quand on l'emploie à la volée, même avec des gants de jardinage, et j'aimerais m'en servir pour autre chose que couper la bûche de Noël ! Donc : j'hésite !
En fait, Torpen, je pense que tu as trouvé la bonne ergonomie (j'ai vu quelque part que tu fais de sacrées belles pièces), qui se rapproche d'ailleurs de celle choisie par Takeshi Saji sur certains modèles comme le Hunter : le manche est plus large au talon et donc ne glisse pas de la main quand on frappe à la volée. Sur le Musashi, le manche est plus large au ricasso qu'au talon, il a donc tendance à glisser ; alors, pour compenser, je serre le petit doigt sur l'ergot inférieur du talon, lequel est anguleux.
Voilà, voilà.

 


Nicolas | Le Dimanche 17/01/2010 à 23:19 | [^] | Répondre

19 -

xavier Belle revue Nicolas ,

J'aime bien ton couteau mais j'aurai pour ma part préféré un manche en bois, question de goût.

 


xavier | Le Lundi 18/01/2010 à 16:45 | [^] | Répondre

20 -

Blue Dog  Bonne revue d'un beau couteau (ou bien est-ce une belle revue d'un bon couteau?)

Merci Nico!

 


Blue Dog | Le Lundi 18/01/2010 à 17:10 | [^] | Répondre

21 - Re:

Nicolas Bel et beau couteau, en tous cas !
Merci à toi.

 


Nicolas | Le Lundi 18/01/2010 à 17:31 | [^] | Répondre

22 - Modification ?

leonidas  Quoiqu'il en soit, si tu décide de modifier la prise en main, cela nous interessera vivement.

 


leonidas | Le Lundi 18/01/2010 à 19:14 | [^] | Répondre

23 - Re: Modification ?

Nicolas N'ayant pas d'outillage, ni aucune place dans mon petit appartement, je ne le ferai sûrement pas seul !

 


Nicolas | Le Lundi 18/01/2010 à 20:29 | [^] | Répondre

24 - Belle objet

Et bien que dire, c'est un bel objet que tu as la, ca n'ira pas bien dans mon petit appartement, pas très discret, mais clairement très beau, le manche noué à la japonaise c'est la classe.

Concernant tes remarques sur la prise en mains, j'ai pas vraiement d'avis, d'apres les photos ca m'a l'air très correct, mais bon faudrai l'avoir en main.

Enfin le damascé de la lame est magnifique et j'aime particulièrement l'épaisseur de la lame, 5.5mm c'est juste énorme, l'impession de solidité doit être au top, pense à mettre quelques photo de ton cadeau dans quelques mois voir comment la lame patine.

Cheers

 


Sylvain_G | Le Vendredi 22/01/2010 à 11:48 | [^] | Répondre

25 - Re: Belle objet

Nicolas

Oui, superbe. La paracorde stabilise bien l'objet dans la main, mais à la volée (et c'est une de ses destinations), il a tendance à s'en aller un peu.

Je n'ai pas de gros modèles en dehors de celui-là, mais d'après ce que j'ai vu à droite et à gauche, sur ce type de lames, 5 mm semble assez courant. Mais c'est vrai, c'est déjà bien gros. Va néanmoins voir  . C'est impressionnant. Si j'y pense, dans quelques temps, je donnerai quelques photos pour en montrer l'usage.

 


Nicolas | Le Vendredi 22/01/2010 à 13:44 | [^] | Répondre

26 - Info

Bonjour Nicolas,

tu connais bien le japon... je voudrais acheter mes couteaux de cuisine directement du Japon... J'ai un contact au japon mais je ne sais pas où le diriger pour acheter mes couteaux.... est-ce que tu connais des boutiques pour ce type de couteaux... J'essaie de trouver les couteaux du coutellier Omi Naomichi ou un autre  coutellier aussi performant....Merci

                                     Gaétan

                                   

 


Gate | Le Mercredi 18/08/2010 à 12:25 | [^] | Répondre

27 - Re: Info

Nicolas Non : je suis allé au Japon, mais je ne le connais pas bien, et encore moins la langue japonaise. Je ne peux malheureusement pas t'aider.

 


Nicolas | Le Mercredi 18/08/2010 à 13:22 | [^] | Répondre

28 - Re: Info

Nicolas Si, au fait (faut-il être distrait), il y a ces boutiques à Kobe, dont je parle et
Bonne chance, Gate !

 


Nicolas | Le Lundi 23/08/2010 à 13:12 | [^] | Répondre

29 -

Nicolas

J'avais donc dit que je donnerai des nouvelles de ce Musashi de SAJI Takeshi.
Voici comment il a été modifié :

Premier temps : j'ai meulé le profil de la plate semelle.

Il est resté en l'état quelques mois, le temps que j'eusse enfin l'occsion d'aller voir Mickaël Moing à qui je demandai d'ajouter un quillon inférieur et de poser des plaquettes. Nous choisîmes le palissandre, car c'est un matétiau narurel et il est peu sensible à l'eau ; il souda en sus le quillon inférieur. Second temps.

Le manche demeurait un peu mince, dans l'épaisseur et dans la hauteur. Aussi le tiers temps eut lieu chez mon cordonnier : je le sais artisan de qualité et homme de tradition, lui qui forme son fils à l'excelllence technique et à la conscience professionnelle. En discutant, la première idée fut la plus compliquée et la plus onéreuse, la dernière, au bout de dix minutes, la plus simple du monde : enrouler une bande de cuir de 1 mm d'épaisseur et de 1 m de long autour et tout au long du manche, ce qui donne ceci :



au lieu de cela :



Ce qui donne ça :



et ça :



et me coûta quelques euros.

Je le préfère avec sa nouvelle robe, tout en cohérence esthétique et traditionnelle avec le fourreau laqué et le damas de la lame.
Par ailleurs, je tiens à dire que la prise en main est désormais excellente, sans compter que l'enroulage du cuir fait des stries qui empêchent la main de reculer quand on l'utilise à la volée. En outre, le quillon inférieur a deux effets : il garde les doigts de malencontreusement riper sur le fil de la lame et affermit étonnamment la saisie si l'on place l'index dans le finger choil.

Cette évolution lui a coûté quelques grammes : tout nu, il en pèse maintenant 401.

Et je l'adore !

 


Nicolas | Le Lundi 17/06/2013 à 15:58 | [^] | Répondre