Déc. 18 14

Couteau Roselli Wootz Hunting Knife with a Long Blade

"Ze" Kamchatka Moose Hunter

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Note : 5/5 (2 notes)

Au début de l'été dernier, je me lançais - mollement - à la recherche de lames fixes, un peu longues et d'un bon rapport qualité/prix.
J'en discutais avec Hermann en dégustant une énorme pinte de bière dans le frais du soir.
 

 
Hermann, en plus d'être Allemand, est chasseur. C'est pourquoi, tout naturellement, il m'orienta vers les finlandais Roselli, vantant leur acier "magique" : le "wootz".
Tout collectionneur de un peu zinzin (pléonasme...) a entendu parlé de cet acier mythique.
 

Assez surpris et interrogatif, je me lançais dans une recherche internet poussée afin d'en savoir plus. Au terme de celle-ci, j'optais pour le modèle Hunting Knife with a long blade, visible ici : www.roselli.fi/epages/roselli.sf/en_GB/

Wootz or not Wootz, that is the question...

Je vais essayer de faire simple et concret avec le minimum de jargon technique. L'acier, c'est de la soupe : faut des ingrédients, faut les préparer, les découper, les doser, faire cuire, plus ou moins longtemps, plus ou moins fort, laisser refroidir et réchauffer.
Donc, des recettes, il y en a des tonnes. Parmi ces recettes, il y en a des très anciennes qui ont été oubliées mais dont la saveur est encore aujourd'hui vantée.

Tel est le cas du wootz. Voici ce qu'écrivait Clubert "Steel" à ce sujet :
"A la même époque, un procédé appelé oriental – ou « wootz » - était pratiqué en Inde et en Malaisie. On n’en connaît pas les secrets non plus. Mais il semble que le mélange des aciers était fait en phase liquide ou pâteuse."

De ce qu'on en devine, le wootz combine deux facteurs :
- de nombreux ingrédients avec une bonne base de bouillon, beaucoup de carottes mais vraiment beaucoup, de la pomme de terre suffisamment mais pas trop, du chou, des poireaux et un saupoudrage d'épices ;
- ça cuit très longtemps, refroidi, réchauffé, mixé re-mixé, réchauffé.



Cette recette donne un acier très riche en carbone et en carbures, donc très dur et très coupant. Beaucoup de forgerons ont essayé de recréer la soupe et ont produit des aciers très intéressants.
Comme d'habitude, lorsqu'il s'agit de tambouille, cela crée des polémiques sans fins et sans intérêts entre les puristes et les adeptes du fast-food.
De toutes façons, comme personne ne connaît la vraie recette originale d'il y a mille ans, on s'en tamponne le coquillard avec une patte avant gauche d'alligator femelle.

Vous trouverez facilement sur internet toutes les informations complémentaires, notamment, pour les francophones, des choses très intéressantes sur le forum Néoczen dans le fil consacré à la marque Roselli.


La réponse : ce n'est pas du wootz, c'est du Roselli UHC Wootz !

M. Heimo Roselli, d'ailleurs, ne dit pas qu'il a retrouvé la recette miracle. Il dit qu'il a fait sa propre recette (secrète aussi) qu'il appelle "Roselli Wootz" ou "UHC Wootz". UHC pour Ultra High Carbon.
Tous les détails sont là : www.roselli.fi/epages/roselli.sf/en_GB/

Enfin, détails c'est vite dit car on n'en sait pas grand chose.
Des infos glanées ça et là, il semble que le taux de carbone est à 1,7 %, ce qui est énorme, que l'acier est produit en Finlande et que la dureté est à 66 Hrc, ce qui est énorme aussi.
 


A l'usage, je peux vous dire que l'acier se patine mais pas tant que cela, un peu plus que du D2 mais moins qu'un acier carbone. Donc je suppose qu'il y a une touche de chrome dans la recette.

Ca coupe très très fort, c'est une vraie tronçonneuse (plutôt qu'un rasoir) et le tranchant dure très longtemps.

La lame se ré-aiguise beaucoup plus facilement que ce que j'avais lu à droite, à gauche. A ce sujet, l'acier employé impose soit d'être un expert de l'aiguisage, soit un parfait néophyte.

J'explique :

- c'est une émouture scandinave avec une lame peu épaisse, 3 mm, une partie plate importante un angle bas qui abouti sur un tout petit tranchant/fil ;
- c'est trempé très dur donc plus c'est dur plus c'est cassant ;
- c'est bourré de carbone, on approche de la fonte qui casse.

Mais, ça fonctionne quand même si on respecte les consignes fournies avec le :
 


Avec cette méthode, on obtient un tranchant très propre, extrêmement acéré et vraiment durable.

Si on bibouille, on a des problèmes. J'ai d'ailleurs fait le test pour voir car je voulais en avoir le coeur net après tout ce que j'avais lu.
J'ai voulu afiné le fil, reprendre un aiguisage plus typique. Ca n'a pas loupé : j'ai obtenu un rasoir mais l'acier a "chippé", c'est à dire que des éclats de métal ont été arrachés de la lame. Même pas en tapant dans un os mais en passant la lame sur une céramique d'aiguisage !

Je suis donc vitement retourné à la méthode indiquée (adaptée à mes goûts) et depuis plus de problème... Mais je pense que cet aspect de l'acier et la géométrie de la lame ont du en frustrer un paquet qui pensait savoir aiguiser.
 


Hunting mais long blade

J'ai opté pour le modèle "phare" de la marque, le Hunting Knife. Le modèle original a une lame de 10 cm, trop juste pour mes besoins actuels, si bien que j'ai jeté mon dévolu sur celui à lame longue de 14 cm.
D'après ce qu'on peut lire, ce modèle a été créé à la demande de la clientèle russe et les collaborateurs de Roselli l'ont surnommé le Kamchatka Moose Hunter, le chasseur d'orignal de la péninsule du Kamchatka, cervidé surdimmensionné aussi.

Je ne reviens pas sur la lame (scandi, 3mm, UHC, 66 HRC, blablabla...).
 

Le manche fait presque 13 cm, il est en bouleau chauffé, enduit d'huile de lin : ça sent bon le bois et la fumée et les vieux meubles... Et surtout il y a cette protubérance à l'avant du manche qui prévient le glissement des doigts vers la lame. Ca fonctionne à merveille même avec les mains mouillées. C'est marrant qu'un truc aussi basique fonctionne aussi bien...
 


La soie n'est pas traversante et le manche n'est pas rivetée sur la lame. La lame est collée dans le manche et je n'ai pour l'instant détecté aucune faille malgré quelques bons chocs encaissés. Maintenant avec les colles modernes, ça ne devrait pas bouger. A voir dans la très longue durée.

 
Le est livré avec un étui basique mais bien conçu et bien réalisé. J'aurais préféré un cuir un peu plus épais. L'insert en plastique dans l'étui sécurise bien la lame.
 

 

 
J'y ai adapté un prolongateur qui rend le port et les manipulations plus confortables. Chacun ses maniaqueries...

Puukkonclusion

Il est vrai que le design de ce s'éloigne un peu des standards des Puukkos classiques. Enfin, ce qu'on pense être classique.

En fait, des finlandais, il y en a de toutes les sortes, de toutes les formes, bref une grande diversité.
Le point commun, c'est l'esprit d'un -outil, simple, efficace et durable.

En ce sens, ce est une vraie réussite. Il est d'une redoutable efficacité, d'une grande efficience et d'une parfaite pertinence.
Et au-delà de l'aspect prosaïque, plus je m'en sers, plus je m'y attache. Vraiment, j'adore cette lame, le bois, le cuir, ça me rappelle un séjour lapon.


En parlant de froid, hier, il faisait franchement frisquet mais avec un beau soleil.

Comme d'habitude maintenant, je mets le lien vers une vidéo concernant ce .

On y voit de l'acier, de la soupe, des bois et des rochers ainsi qu'un redoutable félin.
Le tout sur de l'excellente musique d'un groupe finlandais.
 

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